Ces tâches domestiques, largement assumées par les femmes, représentent 10 000 milliards de dollars de manque à gagner pour l’économie mondiale selon l’ONG Oxfam, qui a appelé les dirigeants du G7 à enfin les prendre en considération. Cuisine, ménage, soin… Cinq questions sur le travail non rémunéréJustin Trudeau en cuisine, Emmanuel Macron qui donne le biberon, Donald Trump plumeau pour faire la poussière à la main… Des militants de l’ONG Oxfam-Québec se sont mis dans la peau, jeudi matin, des dirigeants de grandes puissances, à la veille du sommet du G7 qui s’est ouvert vendredi au Québec. L’objectif de ces marionnettes grandeur nature à l’effigie des sept chefs d’Etat, montrées en train de réaliser des tâches domestiques : attirer l’attention sur le travail non rémunéré assumé par les femmes à travers le monde. «Les femmes contribuent pour environ dix mille milliards de dollars à l’économie par leur travail non rémunéré […], un travail qu’elles effectuent gratuitement et sans lequel nos économies s’effondreraient», alertait cette semaine dans Libération Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam International, qui participait au sommet en tant que membre du Conseil consultatif sur l’égalité des sexes, une première. La directrice de l’ONG appelait dans son texte à «reconnaître, réduire et redistribuer le travail de soin non rémunéré qui accapare les femmes», un apport invisible qui fait fonctionner nos économies mais qui reste largement ignoré. Explications.Qu’entend-t-on par travail non rémunéré ?On considère qu’il s’agit de toutes les activités réalisées au sein de la sphère domestique, sur une base non marchande, c’est-à-dire qui ne donne pas lieu à un échange d’argent. L’activité doit être productive (on crée un bien ou un service) et doit pouvoir être déléguée à un tiers : il faut que quelqu’un d’autre puisse pouvoir effectuer cette tâche à notre place. Sont généralement retenues les tâches domestiques courantes (cuisine, ménage, entretien de la maison…) et les soins prodigués aux enfants ou aux personnes dépendantes, par exemple accompagner un malade à une visite médicale. Dans les pays en développement, les tâches quotidiennes qui bénéficient à la communauté, comme le ramassage du bois et la collecte d’eau, sont aussi prises en compte.Le périmètre de ces activités domestiques n’est cependant pas facile à fixer. Se pose la question de la prise en compte des loisirs (jardinage, bricolage…), certains pouvant être délégués à des professionnels, d’autres non (comme jouer au tennis). La délimitation des contours du travail non rémunéré n’est pas objective et évolue dans le temps et en fonction des pays, les activités que l’on peut sous-traiter étant de plus en plus nombreuses dans les sociétés occidentales (livraison de nourriture à domicile par exemple). L’Insee parle ainsi de «halo» du travail domestique, comme pour le chômage.Comment quantifie-t-on ces activités ?Comme elles font partie de la sphère privée et n’apparaissent pas dans les statistiques, toutes ces activitées sont plus ou moins invisibles. Il existe cependant des méthodes pour, d’une part, comptabiliser le temps que l’on y consacre, et d’autre part, leur impact potentiel sur l’économie. La manière la plus courante pour compter les heures dédiées à ce travail non rémunéré sont les enquêtes «budget temps» ou enquêtes emploi du temps, menées régulièrement dans différents pays, et environ tous les dix ans en France, explique à Libération Florence Jany-Catrice, professeure d’économie à l’université de Lille. Les personnes qui font partie de l’échantillon consignent, généralement dans un journal, toutes les tâches réalisées sur 24 heures. Ces enquêtes peuvent aussi être menées sur une année dans certains pays, avec un résultat forcément plus approximatif. Certaines activités sont aussi difficiles à classer, car «on fait souvent des choses en même temps, comme cuisiner et garder un enfant», souligne l’économiste.Il faut ensuite donner une valeur monétaire à ces heures travaillées mais non payées. Une des méthodes est celle dit du «coût d’opportunité», qui valorise l’heure de travail en fonction du salaire de celui qui réalise l’activité en question. On part du principe qu’on subit un manque à gagner en restant chez nous à faire le ménage. Le hic : les hommes étant mieux payés que les femmes sur le marché du travail, «cette hypothèse implique qu’une heure de travail domestique d’homme vaut plus qu’une heure de travail domestique de femme», détaille Florence Jany-Catrice. Pas vraiment du goût des féministes. D’autant qu’une partie des tâches sont réalisées par des femmes qui ne perçoivent pas de salaire du tout. Autres méthodes, davantage utilisées : multiplier chacune des heures par le salaire minimum en vigueur dans le pays ou par le salaire moyen. On peut aussi calculer le coût de chaque tâche sur le marché : embauche d’une aide à domicile pour le ménage ou d’un professeur particulier pour les devoirs des enfants, ou encore livraison

Source : (20+) Cuisine, ménage, soin… Cinq questions sur le travail non rémunéré – Libération