HISTOIRE D’ELLES LA REVUE D’EN FACE LE TEMPS DES FEMMES SORCIÈRES

Par Nicole Savey

La MdF-TC de Montreuil possède de nombreuses revues féministes ou réalisées par des femmes (le plus souvent) et pour les femmes. Certaines sont actuellement introuvables sauf dans quelques bibliothèques spécialisées comme la bibliothèque Marguerite Durand dans le 13ième arrondissement à Paris ou peut-être, dans les cartons des militantes…

Nous voulons vous les présenter afin que vous puissiez venir les consulter, soit que vous fassiez des recherches, soit que vous ayez envie de lire des articles que vous ne trouverez nulle part ailleurs !

Ces 4 revues représentent vraiment la presse militante féministe des premières années du « Mouvement » (de Libération des Femmes) ou MLF mais ce sigle était, à l’époque, surtout utilisé par les journalistes de la presse généraliste, plus que par les féministes. Ces années 1970, 1985 étaient encore dans le prolongement  « de Mai 68 ».

Revues et journaux étaient réalisé(e)s entièrement par des femmes, souvent non professionnelles même si quelques-unes étaient journalistes, écrivaines ou chercheuses et imprimé(e)s par des groupes militants gauchistes, libertaires ou des éditions politiquement « de gauche ».

Comme le disent les femmes qui font « La revue d’en face » : « Nous sommes sans expérience, nous ne sommes pas des professionnelles ni de vraies journalistes. Comptables encore moins…, vendeuses, on est de vraies amateur-es sur les problèmes de diffusion. » Et les femmes qui rédigent le journal « Histoire d’Elles » : « Nous voulons créer un journal libre ou nous puissions prendre la parole de manière autonome…Personne n’est payée et sans une participation effective des lectrices, sans leur soutien financier nous arrêterons. Votre bourse ou notre vie ! »

Dans la mouvance de « Mai 68 » et très «  Mouvement », les rédactrices de la revue « Sorcières »lancent : « Nous tracerons d’autres chemins parce que l’Histoire doit rectifier son cours, nous sommes le parti de la vie…nous ne voulons qu’apporter nos voix, notre volonté de vivre pour un urgent renouveau….Il n’y a pas de comité de rédaction fixe qui serait d’accord sur tout et pour toujours.» La rédaction d’ailleurs, dans toutes les revues est décidée de manière collective.

Ces revues ont assez souvent une existence éphémère, quelques années, de 2 à 5 ou 6 ans mais si les militantes ou les lectrices occasionnelles les ont jetées, elles ne sont pas oubliées et ces pages sont une telle mémoire féministe que parfois elles ont pu être rééditées. Comme par exemple la revue la plus représentative peut être (que malheureusement nous ne possédons pas): « Le torchon brûle », paru de 1973 à 1976 dont les 6 numéros ont été repris dans une publication des Editions des Femmes en 1982.

Il faut souligner que ces revues ne se font pas de concurrence au contraire, elles se font mutuellement de la publicité. En revanche, les rédactrices se permettent de critiquer les revues « dites féministes » ou féminines selon elles, comme F Magazine ou Elle.

Toutes ont bien sûr un courrier des lectrices, qui sont le plus possible associées à la préparation de la revue puisqu’il leur est proposé d’envoyer des textes et de suggérer des sujets de reportages.

Toutes ces revues sont parisiennes ce qui ne signifie pas qu’à Lyon, Marseille, Lille, Toulouse Strasbourg…il n’y ait pas des publications féministes, car il y en a.

HISTOIRE D’ELLES : « Quotidien politique imaginaire » crée en 1977 qui est paru jusqu’en mars 1980 et a été diffusé en Belgique et au Canada.  Il a été réalisé par un groupe de femmes qui se réunissaient à Paris, rue Boulard dans le 14éme, certaines écrivaine, comme Evelyne Le Garrec ou journaliste, comme Martine Storti.

Nous n’avons que 3 numéros « d’Histoire d’Elles » de 1978 à 1980. Parmi les nombreuses actions féministes rapportées dans ces pages : la marche des femmes à Paris, le 6 octobre 1979, pour l’adoption définitive de la loi sur IVG ou la lutte des femmes tunisiennes pour l’égalité des droits civils, en particulier pour l’héritage.

Des dossiers sur des femmes célèbres comme les sœurs Bronte par exemple, des critiques de films et d’expositions de peinture s’ajoutent aux informations politiques.

LA REVUE D’EN FACE : « Revue de politique féministe » qui paraît trimestriellement du printemps 1977 à l’automne 1983 et publiée d’abord par le collectif Savelli, « de travailleurs de l’édition engagés aux côtés des militants des luttes sociales » puis par Tierce qui de 1977 à 1993, a été la grande maison d’édition féministe avec les éditions Des Femmes.

De nombreuses militantes féministes qui commencent leur carrière de chercheuse ou d’écrivaine participent à la rédaction comme Irène Théry, Marie Jo Dhavernas, Françoise Picq, Michèle Le Doeuff, ou Cathy Bernheim, mais avec d’autres rédactrices moins connues, ce sont toutes des « Femmes d’en face »qui signent l’éditorial.

Nous avons 10 numéros de fin 1977 à fin 1983, les sujets traités vont de l’actualité politique et culturelle à l’histoire des femmes: par exemple, les femmes et la gauche pour les élections de 1981, réflexion sur la fin de « mai 68 », les divisions du mouvement fin 1979, l’histoire du planning familial, l’origine du 8 mars, une interview de Simone de Beauvoir, une de Kate Millet, la situation des femmes au Nicaragua et en URSS.

Des informations sur les réunions militantes, les lieux de femmes et les premières Maisons des Femmes complètent ce panorama de la vie militante féministe à Paris, 10 à 15 ans après MAI 68 et les débuts du MLF.

LE TEMPS DES FEMMES : Revue qui paraît de1978 à 1982, mensuelle puis trimestrielle, c’est peut-être la revue qui a le moins de moyens financiers et est d’abord diffusée de façon militante jusqu’au début 82, où un contrat est passé avec un diffuseur.

L’équipe de rédaction se scinde en 1979 et un groupe lance une nouvelle revue : « Remue Ménage »dont nous avons deux numéros.

Les rédactrices sont liées au milieu militant syndicaliste et libertaire femmes, auquel elles offrent des tribunes afin que les groupes femmes de quartier, femmes d’entreprise, les étudiantes  puissent s’exprimer. Elles donnent de nombreuses informations sur les lieux féministes, les librairies comme « Carabosse », rue de La Roquette, les radios libres, les concerts et les films.

Nous avons 7 numéros de 1978 à 1982 dans lesquels il est fait par exemple, une analyse de la situation politique qui incite au désarroi comme à l’autocritique, une réflexion  sur le militantisme, ses dérives et ses déceptions. Il est présenté aussi des dossiers sur la contraception masculine, les mères célibataires, la situation des femmes en Pologne ou en Afghanistan…

SORCIERES : Revue créée en 1976 par l’écrivaine Xaviére Gauthier et qui est parue plus ou moins régulièrement jusqu’en 1979. Sans comité de rédaction fixe, un groupe parisien ou non (comme à Strasbourg) prenant en charge un numéro sur un thème précis.

Des écrivaines et des artistes féministes comme Leila Seibbar, Nancy Huston, Françoise Collin ou Jeanne Socquet participent à la rédaction . La revue est illustrée d’œuvres graphiques et de photos d’art. Les textes sont d’abord de réflexion sociologique ou philosophique mais leur forme est souvent littéraire ou poétique.

Les rédactrices ont toujours tenu à un « dialogue entre elles, où elles fassent apparaître leurs accords, confrontent leurs idées et ouvrent si possible, un échange avec les lectrices ».

Nous avons 7 numéros de « Sorcières « sur des thèmes comme : Ecritures, Espaces et lieux, Le sang, Désirs, Mythes et nostalgie, dans chacun de ces numéros, des rubriques de critiques de livres, de films et d’expositions d’art.

A la lecture ou relecture de ces revues, je suis étonnée de leur actualité, en particulier sur les difficultés et les problèmes concernant les femmes, cela veut-il dire que le féminisme, malgré quelques  avancées majeures n’a pas vraiment changé les « choses » ? L’utopie de 68 ne s’est pas réalisée et concrétisée, est-ce un mirage que cette vision (dans La Revue d’en face) « du drapeau tricolore traversé par une ligne sinueuse, mauve violette et  parsemée de paillettes », symbole de la reconnaissance du féminisme qui permet aux femmes de tenir leur place légitime dans la société.

Et peut-on conclure comme la philosophe Françoise Collin, dans un article de  « Sorcières » : « Le féminisme est un mouvement historique (situé dans une conjoncture historique) mais aussi, il est infini…C’est un combat contre le triomphe de la généralité sur la singularité, donc contre la dictature…. Nous féministes, nous devons assumer cette contradiction : le féminisme ne peut renoncer à la médiation du politique mais il ne peut s’abolir dans le politique. » ?

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A SUIVRE…

Pour la présentation d’autres revues féministes des années 1970/80…