« C’est pas un drame, c’est juste une femme… » chante Anne Sylvestre après « l’affaire DSK »  (2013)

« C’est un drame familial …une séparation qui se passe mal » : C’est une dispute qui a mal tourné…  »

« C’est un drame conjugal »,  Une fois de plus, le meurtre d’une femme, quelles qu’en soient les circonstances, est présenté comme un drame conjugal. Depuis tout est entendu et vu sur les médias, du pire au … pire.

« Attentat de Toronto » : Pas un fait divers: un féminicide ! Sur des forums, des internautes « involontairement célibataires », principalement des hommes, expriment leur haine des femmes.

La banalisation des violences va tellement loin qu’elle finit par disqualifier l’acte, disculper l’auteur, renvoyer les soupçons sur la victime.

Mal nommer les choses… c’est rétrograder, minimiser des actes criminels. Une femme assassinée c’est un féminicide, une femme victime d’un viol, ce n’est pas un abus sexuel, c’est un viol. Comme on dissout les cadavres dans l’acide, on dissout les féminicides et les viols dans un vocabulaire pour le moins inadéquat et surtout préjudiciable aux femmes.

Pourtant, les mots ne manquent pas pour nommer les choses. Dans la loi, dans le code pénal, la qualification de chaque crime, de chaque délit est précise. Mais, ne comptons pas sur la plupart des médias pour nous informer objectivement. Ils écrivent ou ils parlent, dans la rubrique des faits divers, de « crime passionnel » pour un féminicide, « d’abus sexuel » pour un viol et ils s’interrogent sur le « consentement » d’une gamine de 11 ans

Un fait divers, c’est le hasard. En revanche un féminicide c’est une manifestation intrinsèque de la société machiste et patriarcale au même titre que la culture du viol et les violences conjugales.

En Belgique, l’Association des journalistes professionnel.les (AJP) mène une réflexion sur le traitement médiatique des informations concernant les violences faites aux femmes : « On continue de traiter les violences faites aux femmes comme des faits divers s’ajoutant les uns aux autres, du coup on manque l’explication de base de ce phénomène. Ces informations doivent être présentées comme un grave problème de notre société. Les associations de lutte contre les violences le disent : le traitement médiatique qui est encore fait actuellement pérennise voire encourage indirectement les violences contre les femmes. Un traitement différencié permettrait d’avoir une meilleure prévention et d’éviter la banalisation… « Une bonne fois pour toutes, les femmes ne sont pas responsables des violences qu’elles subissent. Les auteurs de violences n’ont pas à être excusés par leurs sentiments, que ce soit la passion, l’amour, etc… ni leurs actes minimisés ou traités de manière romantique »
Suite à une consultation lancée l’an dernier, bien avant l’affaire Weinstein, l’association des journalistes belges a émis une liste de recommandations. Les trois premières sont les suivantes : ne pas traiter les violences comme des faits divers, être attentif au choix des mots et des images, et éviter la victimisation secondaire ». Le traitement médiatique des violences faites aux femmes : une étude et des recommandations aux journalistes

En France, une journaliste dénonce l’utilisation du terme « joggeuse » pour désigner Alexia Daval : « Cela nous montre une fois de plus combien il est facile pour les médias de se ruer dans le scénario lisible, linéaire, de la « joggeuse tuée ». ‘Encore un meurtre de joggeuse. Il est dangereux d’aller courir quand on est une femme’, dira-t-on, dépolitisant et réduisant à une question de sécurité individuelle le fait de société que constituent les violences contre les femmes. Il n’y a pas de « meurtre de joggeuse ». Il y a des femmes tuées par des hommes. »

C’est ce fait de société qui retiendra l’attention des député.e.s le 15 mai prochain quand la dernière version du projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles sera présentée, en première lecture, à l’Assemblée Nationale. En effet, le Conseil d’État, dans son avis du 13 mars, a retoqué certains points, notamment en ce qui concerne un âge minimum de non-consentement. La commission a également modifié le projet de loi;

Une journée et une soirée pour débattre sur trois principales mesures : l’allongement à 30 ans après la majorité, contre 20 ans actuellement, du délai de prescription des viols sur mineurs ; la fixation d’un âge de consentement minimum à un acte sexuel ; et la pénalisation des faits de harcèlement dans la rue.

« La France ne doit plus être un de ces pays où les femmes ont peur », le 25 novembre dernier, Emmanuel Macron, président de la République, a dénoncé les violences faites aux femmes au cours et annoncé vouloir organiser son plan quinquennal autour de trois grands axes : « L’éducation et le combat culturel en faveur de l’égalité », un « meilleur accompagnement des victimes » et un « renforcement de l’arsenal répressif. » « Macron se moque de nous: parler de la lutte contre les violences faites aux femmes comme une grande cause tout en ne donnant aucun moyen et en parlant sans cesse de « délation » #SoyezauRDV aujourd’hui!

« Paroles, paroles… » chantaient les Voix Rebelles sur le trajet de la manifestation du 8 mars dernier.

A propos de ce projet de loi, un rappel des articles que nous vous proposions dans notre newsletter du 16 avril dernier. Tandis que le Haut Conseil à l’Égalité saluait les annonces du gouvernement dans le projet de loi, le magazine 50/50 titrait Violences faites aux femmes : « Une loi à minima » et pour le groupe F « un projet de loi à côté de la plaque »

Les 42 féminicides depuis le 1er janvier 2018 et les témoignages de féminicides, coups, viols et autres agressions sexuelles sont là pour dire l’urgence de faire cesser les violences faites aux femmes.

« C’est le jour où mon amie est morte que j’ai compris ce qu’était la manipulation»

« Violences conjugales: « Les gens faisaient comme s’il n’y avait rien, comme s’ils ne voyaient rien »

« Prisonnières de leurs maris »

Quand la société civile résiste, se manifeste, se fait entendre.

La loi sur la prostitution : Une proposition de loi visant à pénaliser les clients de la prostitution a été débattue en 2011, sans aboutir. C’est en avril 2016, que la loi visant à pénaliser les clients de la prostitution est votée en seconde lecture par l’Assemblée Nationale sans le Sénat. Deux ans après, quel bilan : Quand le Parisien annonce annonce un bilan très mitigé, 20 minutes met en avant le nombre de clients pénalisés :  937 clients ont été verbalisés depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle loi en avril 2016 et la Croix donne la parole à Rosen Hicher « une rescapée » de la prostitution.

L’effet Weinstein qui éclabousse jusqu’à l’Académie Nobel

En   Espagne : des milliers de manifestant-es pour contester le jugement de « La meute ». Cinq Sévillans ont été condamnés jeudi pour « abus sexuel » là où la défense, la procureure et les associations féministes estiment que la victime a subi un viol.

Difficile de ne pas faire le lien avec les deux jeunes femmes victimes de viols en réunion 1977 et la requalification de l’affaire en simples coups et blessures. La détermination des deux jeunes femmes et de leur avocate, soutenues par la mobilisation des féministes pour faire reconnaître le viol a ouvert le chemin de la loi qui, en décembre 1980 définit exactement le viol, soit toute forme de pénétration, quelle qu’elle soit, et le criminalise. Aujourd’hui, 10 000 femmes portent chaque année plainte pour ce fait, contre 1 500 en 1974. C’est un progrès. Sauf que ces plaintes ne représenteraient que 10 % des cas…

N’oublions pas les femmes de mai 68 : Retour sur plusieurs trajectoires de vie entrées en collision avec l’Histoire.  Le temps n’a pas forcément retenu leurs noms ou leurs destins. 50 ans après, Terriennes leur rend hommage. Une féministe historique, Anne Zelensky qui co-fonda dès 1966, le FMA (Féminin Masculin Avenir), ancêtre du MLF (Mouvement de Libération des Femmes). En mai 68, elle était à la Sorbonne parmi les étudiants.  Comment a-t-elle vécu ces jours historiques ?  50 ans après, elle nous raconte les événements avec une émotion intacte.