« Mal nommer les choses, c’est d’abord mal les analyser et donc apporter des appréciations inadaptées, puis des remèdes qui font empirer le mal… c’est soit les atténuer, soit les exagérer… c’est faire injure, manquer de respect… c’est se condamner à ne pas les reconnaître pour ce qu’elles sont… ».

Oui, les mots ont un sens et leur usage en dit long sur notre société… « On ne se fait pas violer comme on se fait une tasse de café. Faire changer l’usage de la langue pour que notre société bouge enfin ressemble peut-être à une cause perdue. Mais alors, dans ce cas, elle mérite mille fois d’être défendue… ».

Dans une interview, Florence Montreynaud explique pourquoi elle désapprouve les termes empruntés au vocabulaire de la guerre, de la force pour parler du féminisme.  Elle nous invite, tout comme Christiane Taubira, à être particulièrement attentive à dire juste, à rechercher le vocabulaire adapté à ce que nous souhaitons dire, expliquer ou faire savoir…Cette attention mise au service de bien nommer les choses participe du féminisme et des actions pour faire avancer l’égalité des droits et la place des femmes dans la société.

Nous vous invitons à écouter l’interview de Florence Montreynaud, (comment renvoyer à l’enregistrement ? )  et Christiane Taubira qui lit des textes féministes.

Oui, le féminisme est partout, y compris dans l’usage des mots qui vont, trop souvent, ajouter de la violence à la violence. La majorité des articles choisis pour cette newsletter en sont la démonstration.

Depuis des années, les professionnelles et les bénévoles de la Maison des femmes Thérèse Clerc ainsi que les femmes qu’elles accompagnent dénoncent les conditions d’accueil des victimes de violence lorsqu’elles se rendent dans les commissariats pour porter plainte mais sans que leurs dénonciations n’aient, jusqu’à présent, rencontré beaucoup d’écho.

Mais, les choses commencent à changer depuis qu’aux Etats Unis, des actrices ont dénoncé les agressions et les violences sexuelles dont elles ont été victimes et, les réseaux sociaux y ont largement contribué. Souvent, et à juste titre, ces derniers sont critiqués et décriés lorsqu’ils sont des vecteurs de violences, de haine, de harcèlement. Ils ont, depuis ce qui est communément appelé « l’affaire Weinstein » contribué à une prise de conscience sur les violences subies par les femmes. En réduisant le temps et l’espace, les réseaux sociaux ont été un vecteur efficace pour que la parole se libère sur les violences de toutes sortes faites aux femmes et commence à fissurer les murs qui les tenaient bien enfermées. (Voir l’édito de la NL du 16 octobre 2017).

« Effet papillon », « effet ricochet », « effet cascade », ces trois métaphores se retrouvent dans ce qui se passe depuis six mois : «#balanceTonPorc», « #Metoo», « #Maintenantonagit » « #harcelementderue » « #payetaplainte » illustrent  la théorie de l’effet papillon (Edwart Lorenz en 1972) qui désigne la succession des conséquences qu’entraîne une action. A cet effet papillon, se sont greffés ce qu’on appelle l’effet cascade (ces dénonciations ont ouvert un flot soudain de révélations de violences sexuelles tues depuis des décennies et des auteurs de ces violences) et l’effet ricochet car, par contrecoup et par incidence, les répercussions de ces dénonciations ont éclaboussé des hommes, des agresseurs qui, en toute impunité et depuis des siècles, usent et abusent des corps femmes. Et, ils ne sont pas les seuls à se retrouver dans la tourmente. C’est maintenant au tour des policier.e.es d’être éclaboussé.e.s, ceux qui reçoivent sans aucun respect, avec des paroles blessantes, violentes, les femmes venues porter plainte pour violences conjugales, pour violences sexuelles, pour viols…

La culture du viol est encore très ancrée dans les mentalités des policier.e.s, certains témoignages nous le confirment.

Y aurait-il aussi du sexisme dans les propos des agent-e-s représentant-e-s de l’ordre public quand elles/ils sont face à une femme qui vient dénoncer son harceleur, son violeur ? « Dans l’imaginaire occidental, tout se réduit à des rapports de force : homme/femme, oppresseur/opprimé. Notre pensée réduit le monde à n’être que l’illustration de cette lutte ».

Dans l’article «séduction-domination» nous trouvons ces deux phrases : « L’art de la séduction est un art de la guerre », « Séduire, c’est subjuguer, dominer l’autre ? ». Cela sous-entendrait que les relations femmes/hommes ne sont que des rapports de force, de victoire de l’un, (l’homme), sur l’autre (la femme) qui réduisent les relations à une guerre des sexes ? A ce propos, la lecture de l’entretien entre Valérie Toranian, ancienne directrice du magazine Elle et directrice de la Revue des deux mondes et Raphaël Liogier, sociologue et philosophe est instructive.

  • Raphaël Liogier : « Ce qu’expriment les femmes avec #Metoo, c’est de pouvoir enfin dire « oui » à leur désir, sans se dévaloriser dans le regard des hommes».
  • Pour lui répondre, Valérie Toranian adopte un vocabulaire guerrier : « Cette « souveraineté » du corps et du désir féminin serait le dernier bastion du patriarcat à mettre à bas, selon vous ? ».
  • Raphaël Liogier : « Tout à fait. Reconnaître l’autonomie de la jouissance – au sens orgasmique – des femmes, c’est reconnaître le fait qu’elles puissent jouir, plus largement, de leur place dans le monde. J’irai même plus loin : tant que les hommes continueront à regarder les femmes en « propriétaires », les droits de celles-ci en matières économique, civile, sociale resteront fragiles.

Trois français sur quatre ne font pas de distinction entre « harcèlement », « blagues salaces » et « séduction ». Ce constat, à la fois stupéfiant mais édifiant ne peut qu’interroger quant à la prise de conscience et au temps qu’il faudra pour faire évoluer les mentalités. Combien de lois, combien de circulaires pour éradiquer les violences faites aux femmes ?

Pourtant, depuis des mois, la question des violences sexistes et sexuelles, du harcèlement de rue, du harcèlement dans les transports, du harcèlement au travail est omniprésente dans les médias. Le Président de la République, les membres du gouvernement et plus particulièrement la Secrétaire d’Etat à l’Egalité Femmes/Hommes, la Présidente de la Région Île – de – France en ont fait leur objectif principal. Le projet de loi renforçant la lutte contre les violences faites aux femmes a enfin été présenté le mercredi 21 mars dernier.

Des réactions :

Coup de cœur :

Le Haut Conseil à l’Egalité salue les annonces du Gouvernement.  Selon Danielle Bousquet, Présidente du Haut Conseil à l’Egalité : « Il s’agit d’un pas important dans la lutte contre les violences sexuelles. Nous espérons que ce texte puisse constituer un levier vers leur meilleure condamnation sociétale et judiciaire » .

Coups de gueule :

Le Collectif National pour les Droits des Femmes : Violences faites aux femmes : Une loi à minima. Depuis 2006, une nouvelle loi sur les violences est votée en France tous les 4 ans : 2006, 2010, 2014 et maintenant 2018. Allons-nous continuer encore longtemps comme cela au lieu de faire voter, enfin, une loi-cadre, ce que l’Espagne a fait dès 2004 ?  » .

Les Effronté·es :  » Contre les violences faites aux femmes : Grande cause nationale, petites propositions !  » .

Le groupe F groupe d’action contre les violences sexistes et sexuelles :  » Ce projet de loi est désespérément à côté de la plaque  » .

Les avocats et les magistrats : Les magistrats et les avocats en colère dénoncent le projet de loi de  programmation pour la justice en contradiction avec la loi contre les violences sexistes et sexuelles. Deux pas en avant, un pas en arrière ?

Et si on commençait par mettre en adéquation la loi sur le mariage pour tous et l’état civil ? La loi adoptée le 23 avril 2013 et promulguée le 17 mai 2013 ouvre le mariage et l’adoption pour tous les couples, qu’ils soient de sexes différents ou de même sexe (article 1). Mais, les actes d’état civil n’ont pas été modifiés et seules figurent les cases « père », « mère » qui ne prennent pas en compte les couples homoparentaux.

Dans notre Newsletter du 19 février dernier, nous évoquions l’information donnée par  la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, « d’une campagne d’alerte » contre  » les frotteurs et les harceleurs des transports en commun « . Plus exactement, elle annonçait que la région « lancera », en mars 2018, (l’emploi du futur est intéressant) une campagne d’alerte pour lever l’omerta contre les frotteurs et les harceleurs des transports en commun. Son tweet se terminait sur cette phrase « grandiose » : « La sécurité des femmes, ça nous concerne ! ».

Pas encore de bilan officiel puisque la campagne s’est terminée fin mars mais, des articles que nous vous proposons à la lecture et qui illustrent, une nouvelle fois, un certain mépris pour les femmes. En voyant les photos qui ont servi de support à cette campagne, la seule réaction que nous pouvons avoir c’est que La Présidente de la Région Île – de – France prend non seulement les femmes pour des imbéciles mais qu’elle protège, avec des arguments fallacieux, les agresseurs et les harceleurs.

Mettre en scène des femmes et des animaux « prédateurs » par une volonté de ne pas stigmatiser les hommes s’apparente  à un déni des réalités que les violences auxquelles sont confrontées les femmes sont le fait d’hommes que l’on doit nommer pour ce qu’ils sont : des harceleurs, des agresseurs, des prédateurs.

 « Oui. Ce sont bien des personnes, des hommes, qui harcèlent, agressent, insultent. Ne pas arriver à le dire, l’euphémiser en montrant des animaux, c’est déjà du déni », estime pour sa part la journaliste Louise Tourret sur Twitter. « Idem. Quand j’ai été agressée à la gare du Nord, ce n’était ni un ours, ni un loup. C’était un monsieur d’une cinquantaine d’années comme on en croise tous les jours », lui répond une consœur, Anaïs Condamines.

Alors, nous ne le dirons jamais assez, « Mal nommer les choses, c’est soit les atténuer, soit les exagérer…c’est faire injure, manquer de respect… c’est se condamner à ne pas les reconnaître pour ce qu’elles sont… » .

Que dire de ces femmes qui nous montrent qu’il est possible d’être femme et mère en même temps quand l’autonomie est un choix de vie ? Des exemples de femmes qui sont résolument tournées vers l’avenir malgré les difficultés auxquelles elles sont confrontées :

 » Certaines photos valent mieux que mille mots  » . Par exemple celle d’une jeune étudiante, en Afghanistan, en train de passer son concours d’entrée pour une université privée de Kaboul, tout en s’occupant de son bébé et celle d’une joueuse de hockey  qui nous dit : « En tant que jeune mère je peux contribuer à normaliser l’allaitement et à faire cesser la stigmatisation. »

Cette semaine nous vous proposons une nouvelle rubrique vidéo, découvrez  le test de Bechdel ?