Et pendant ce temps, on s’éveille… Et on se réveille !

Un banc, trois lignées de femmes sur quatre générations et le regard historico-critique du spectre de Simone Veil, il n’en fallait pas plus pour élaborer une pièce aussi drôle que pertinente retraçant l’évolution de la condition féminine au XXe siècle. Co-écrit par Corinne Berron, Hélènes Serres, Vanina Sicurani, Trinidad et Bonbon, le spectacle « Et pendant ce temps Simone veille » aborde avec finesse les nombreux thèmes chers au féminisme. Afin que chacun, et surtout chacune, puisse s’identifier à leurs propos, les autrices ont eu la bonne idée de mettre en scène des personnages aux silhouettes variées, issus de diverses classes sociales et de différentes époques. Ainsi, dans les années cinquante, Marcelle, Jeanne et France interrogent le fait de disposer de leur propre chéquier et de porter un pantalon tandis que soixante ans plus tard, leurs arrière-petites-filles Marcia, Janis et Fanfan – chaque génération est incarnée par la même actrice – étudient la question de la procréation médicalement assistée pendant une virée shopping.

Entre les deux périodes, la sexualité, la contraception, la chirurgie esthétique ou encore la répartition des tâches ménagères sont abordées tant avec humour qu’avec précision grâce à Simone, quatrième personnage qui, depuis sa tribune, se charge de dépeindre avec une résolution désopilante le contexte dans lequel ces sujets s’inscrivent. Ses interventions rappellent que les grandes améliorations en faveur des femmes obtenues après des années d’efforts restent relativement récentes (possibilité d’exercer une profession sans l’autorisation du mari, 1965 ; commercialisation de la pilule, 1967 ; légalisation de l’interruption volontaire de grossesse, 1975) et qu’il serait dangereux de les considérer immuables pour autant. Par un subtil inversement des rôles au fil des descendances – l’héritière de la plus militante s’embourgeoise et celle de la plus subordonnée s’émancipe –, le spectacle alerte sur la propension de la société, y compris des femmes elles-mêmes, à revenir sans cesse sur ces acquis. A cela, une seule réponse de Simone : « Maintenant que vous avez le choix de votre vie […], vous ne pouvez pas mettre votre énergie dans des choses plus importantes ? Les commandos anti-avortement, ça ne vous défrise pas les bigoudis ? Une femme violée toutes les sept minutes en France – et c’est pas la même – ça ne vous retourne pas la frange ? ».

Avec toutes plutôt que contre certaines, telle est donc la cause défendue pendant ces 80 minutes qui s’appliquent à déconstruire avec tendresse les stéréotypes dans lesquels les femmes se retrouvent trop souvent enfermées, en dotant par exemple la maîtresse sensuelle d’un égo fragile ou en affublant la puissante self women-made d’une mère hors de contrôle. C’est pourquoi il aurait, peut-être, été plus judicieux de ne pas se prononcer sur la question épineuse du voile afin d’éviter d’exclure de facto les personnes de confession islamique venues profiter de la représentation. Chaque période est en effet entrecoupée de chansons populaires aux paroles remaniées pour l’occasion, et si le « oui, tchador » (sur l’air de « Oui j’l’adore » de Frédéric Loizeau) laisse un sentiment mitigé, les spectateurs sont ravis de reprendre en cœur « libido, libido » à la place du bien connu « Bambino » de Giuseppe Fanciulli.

Véritable hymne au féminisme, « Et pendant ce temps Simone veille » est servi jusqu’au 26 juillet au théâtre de la Contrescarpe par quatre actrices de talent. Et quand l’humour, la délicatesse et la bienveillance sont au rendez-vous, ça donne envie d’y aller : « c’est comme pour tout » !

Par Margotte Lamouroux


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Théâtre de la Contrescarpe – 5, rue de Blainville – 75005 Paris

••• du mercredi au samedi à 20h et samedis à 17h jusqu’au 31 mars 2018
••• du jeudi au samedi à 20h et samedis à 17h jusqu’au 30 juin 2018
••• du mardi au jeudi du 3 au 26 juillet 2018
••• ATTENTION : Séances à 16h (au lieu de 17h) 
les samedis 17 mars, 14 avril, 26 mai et 23 juin 
suivies d’un débat avec Femmes Solidaires