EDITO LUNDI 5 MARS 2018

LA JOURNEE INTERNATIONALE DES DROITS DES FEMMES A 100 ANS

En 1910, lors de la conférence internationale des femmes socialistes réunies en congrès à Copenhague, les déléguées du parti socialiste allemand font voter l’instauration d’une « journée internationale des Femmes ». (voir l’article de Nicole Savey)

En 1970, Benoîte Groult écrivait : « Il a fallu cent ans pour effacer les discriminations les plus criantes entre les hommes et les femmes, mais qu’attend-on pour abroger celles qui restent ? ». Extrait de « Ainsi soit-elle – Edition Grasset – 1975.

Aujourd’hui, en 2018, soit 100 ans après cette première initiative et à la veille de la journée internationale des droits des Femmes peut-on parler, enfin, d’avancées majeures en matière de droits des femmes ? Qu’est-ce qui a changé pour chacune d’entre nous ? Pour le CNDF (collectif national pour les droits des femmes), « Les luttes féministes ont permis de conquérir des droits et de progresser vers l’égalité entre les femmes et les hommes. Mais cette égalité est loin d’être effective. C’est pourquoi la journée du 8 mars ne se « fête » pas et n’est pas la « journée de la femme » mais bien celle de lutte pour les droits des femmes ! Le 8 mars est une journée internationale de convergence de toutes nos luttes, celles des femmes d’ici et d’ailleurs. »

Mesurons quand même le chemin parcouru grâce aux mobilisations, à l’engagement, à la ténacité des femmes qui ne lâchent rien et qui continueront, malgré les entraves, malgré les procès d’intention qui leurs sont faits, de lutter, de créer, de se libérer. Faisons nôtre ce slogan : « 8 mars 2018, tant que l’égalité n’est pas atteinte, le 8 mars continue d’être célébré ! ».

Élargissons la brèche qui s’est ouverte avec la parole prise par les femmes pour dénoncer les violences qui leurs sont faites :

  • Dans leur vie privée où elles sont victimes de violences conjugales, de meurtres, d’assassinats. déjà 16 féminicides depuis le 1er janvier 2018 en France.
  • Dans les transports, sur leurs lieux de travail, dans la rue où elles sont victimes de harcèlements sexistes, de violences sexuelles, de viols etc…
  • Dans leur travail où elles sont victimes de l’inégalité salariale et d’un plafond de verre qui ne leur permet pas d’accéder à des postes à responsabilités pour lesquels elles ont  les compétences.

Et ce n’est ni se complaire ni vouloir maintenir les femmes dans une victimisation que de dénoncer les actes dont elles sont victimes et les auteurs de ces actes.

Oui, nous ne le dénoncerons jamais assez, des femmes, trop de femmes sont victimes d’actes inacceptables, inadmissibles dans une société civilisée et oui, des hommes, pas tous les hommes mais, des hommes sont des harceleurs, des violeurs… (voir le procès fait à Caroline De Haas).

Après le mouvement « #MeToo  » ,  aujourd’hui c’est la campagne « #Maintenantonagit » initiée, par des comédiennes, des réalisatrices, des auteures. Lancée le mardi 27 février dernier, le but est de récolter des dons pour les associations qui aident les femmes victimes de violences sexuelles.

« Depuis des semaines, dès que j’allume la radio, la télé ou l’internet, j’entends les mêmes phrases répétées à l’infini: «#MeToo c’est très bien… MAIS», à force de «mais», on n’avance pas » Titiou Lecoq.

« A force de mais, on n’avance pas » ???  Et revoilà le principe du verre à moitié vide ou à moitié plein. Il semble que Titiou Lecoq, journaliste, bloggeuse n’ait pas pris la dimension de l’engagement et du travail réalisés par des militantes féministes « qui vont au charbon » depuis des décennies et pour qui, ce qui se passe depuis ces derniers mois est un encouragement à poursuivre les luttes pour les droits des femmes.

C’est ainsi que, dans la newsletter de ce lundi 5 mars 2018, nous avons fait le choix de sélectionner des articles qui parlent de femmes d’hier, de leurs luttes, de leur résistance et de ce qu’elles ont pu transmettre aux générations futures. Mais aussi des articles qui parlent de femmes d’aujourd’hui, de leurs luttes pour leurs droits à l’égalité, à la mixité, à la liberté.

  • Hubertine Auclert (1848-1914) une femme remarquable, féministe française, fondatrice du journal « La Citoyenne », en faveur du droit de vote des femmes. Le 22 octobre 1879, à Marseille, elle s’exprime à la tribune du IIIe congrès ouvrier socialiste: « Ceux qui nient notre égalité dans le présent la nieront dans le futur ».

« Citoyens, citoyennes,

 Je viens, toute pénétrée d’estime pour cette grande assemblée, le premier des corps librement élus en France depuis tant de siècles, qui permette à une femme, non pas parce qu’elle est ouvrière, mais parce qu’elle est femme – c’est-à-dire exploitée –, esclave déléguée de dix-neuf millions d’esclaves, de faire entendre les réclamations de la moitié des déshérités du genre humain. »

Où en serions nous aujourd’hui si, à l’image de ce que dit Titiou Lecoq, les Féministes s’étaient dit : « on n’avance pas ! » ?

  • Simone Veil, une autre femme remarquable pour sa détermination à aller jusqu’au bout de son engagement pour faire voter la loi sur l’interruption volontaire de grossesse. Simone Veil sera inhumée au Panthéon le 1er juillet.

Des journalistes de Cheek Magazine ont suivi les fondatrices de « Merci Simone » pendant qu’elles partaient tapisser un mur parisien avec le portrait de Simone Veil. Leur collectif de street art féministe veut préserver la mémoire de celle qui a légalisé l’IVG en France.

Trois comédiennes ont également mis Simone Veil à l’honneur : « Et pendant ce temps Simone veille ! », une pièce de théâtre qui nous invite à rencontrer trois générations de femmes (rubrique culture).

Beaucoup moins connue qu’Hubertine Auclert et Simone Veil mais tout aussi remarquable : « Suzanne Citron était une femme rugueuse, au sens le plus noble du terme : vigilante, intègre, franche, et engagée. C’était cela, une boule de force, de colère et de courage « .

Le gouvernement chilien a rendu hommage à « son courage pour réaliser le rêve de toute une vie, combattre les stéréotypes et ouvrir la voie aux autres femmes ».
Margot Duhalde a pris son envol. Seule femme pilote des Forces françaises libres durant la seconde guerre mondiale, la chilienne est morte à l’âge de 97 ans à Santiago, a annoncé, lundi 5 février, le gouvernement chilien.

 » Opposante célèbre aux dictatures militaires du pays, la Pakistanaise est décédée le 11 février à Lahore. Elle avait 66 ans  » . Elle n’a que 18 ans quand elle mène son premier combat d’avocate.

Vous pourrez litre aussi un article sur six femmes scientifiques qui se sont fait voler leurs découvertes par des hommes. Pour ces femmes nées au début du siècle dernier, parler d’elles, c’est une véritable réhabilitation et reconnaissance de leurs compétences.

Aujourd’hui, les femmes scientifiques sont reconnues mais, elles sont encore trop peu nombreuses. La Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises d’Ingénieurs ( CDEFI), a lancé le 9 janvier la 8ème édition de son opération de communication « Ingénieuses ». Créé en 2011, ce concours a pour ambition de favoriser l’orientation des jeunes filles vers les formations scientifiques et technologiques ainsi que vers les carrières d’ingénieur.

Les femmes représentaient 28 % de l’effectif total des élèves-ingénieurs en 2016-2017, ce qui correspond à une hausse de 12,4 % au cours des cinq dernières années académiques. Cette nette progression est encourageante, mais des efforts sont à poursuivre dans la promotion de la parité au sein de l’enseignement supérieur et des milieux professionnels.

Ingénieuses’18, le concours qui met en avant les femmes ingénieures.

Egalité, parité, mixité, rien n’est encore acquis dans les domaines de l’éducation et du travail.

Seulement 17% des métiers sont mixtes, et c’est un vrai problème si l’on considère que l’on ne peut parler de mixité qu’à partir du moment où il y a un minimum de 30% de femmes dans les emplois, dans les équipes de directions, dans les conseil d’administration.

On le sait, l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes est encore loin d’être acquise… Et si la mixité des métiers et secteurs d’activité était l’une des solutions pour y parvenir ?

Commençons par un constat : quoique plus diplômées que les hommes, les femmes occupent en moyenne des emplois moins qualifiés, plus précaires et plus souvent à temps partiel qu’eux. Elles sont aussi moins bien rémunérées.

A l’aune de cette difficulté à mettre en place une réelle mixité dans les métiers et les secteurs d’activités, que penser de la volonté de faire entrer dans le langage courant la féminisation des noms de métiers ? Un article est consacré à ce sujet : « Une petite histoire d’une tentative d’effacement » qui nous apprend que des mots existaient déjà depuis des siècles pour décrire et qualifier certains métiers exercés par des femmes mais plutôt que de les utiliser il a été fait recours à des néologismes.

En ce qui concerne la mixité à l’école, c’est fait. Mais, pour l’égalité il reste encore beaucoup à faire. Alors si l’égalité commençait dès l’école, nous ne cessons de le dire et de l’écrire dans nos Newsletters. Si vous en êtes également convaincu-e-s, cet article pourra vous intéresser.

10 bonnes pratiques à appliquer à l’école pour en finir avec les stéréotypes entre garçons et filles.

Alors que la 3ème génération d’élèves ayant toujours connu l’école mixte commence à s’installer sur les bancs de l’école, et que l’égalité hommes-femmes est devenu grâce à Marlène Schiappa un réel sujet de préoccupation, l’Education Nationale aurait encore des progrès à faire dans ce domaine. . En prêtant attention à ce sujet, on se rend compte que chaque prof, chaque maitre au sein de son école peut modifier sa façon de faire et d’être en adoptant une attitude plus égalitaire entre les petits garçons et les petites filles. Voici 10 mesures entièrement gratuites, puisqu’elles ne dépendent pas de budget, de postes ou de structures, et applicable de suite chacun à son échelle 

80 km/h, la cause des femmes ? Ne pas confondre « A cause des femmes ? »

Ce billet est écrit par un homme, un homme féministe ? Pour le moins, un homme qui revendique l’égalité femmes/hommes et qui dénonce les violences faites aux femmes.

« Il est tout de même curieux, dit-il de n’entendre que des hommes s’opposer au « 80 km/h ». Et si la réduction de la vitesse sur route témoignait de la montée en puissance des femmes et de leurs valeurs dans notre société ? 

C’est une révolte masculine. « 

On avance, mais lentement…

En 1910, lors de la conférence internationale des femmes socialistes réunies en congrès à Copenhague, les déléguées du parti socialiste allemand (SPD) font voter l’instauration d’une « journée internationale des Femmes ».

En 2018, en plein chaos politique, les femmes sont appelées à la rescousse en Allemagne. Cent ans après revoici les femmes du SPD. Le SPD n’avait jamais confié son destin à une femme.

Pour la première fois en Allemagne, les deux plus grandes formations politiques vont être dirigées par des femmes, le parti social-démocrate en pleine déroute prévoyant d’élire Andrea Nahles comme nouvelle présidente.

Sauf surprise, cette battante de 47 ans sera désignée présidente du parti par un congrès du SPD le 22 avril.

Terminons l’éditorial avec de la lecture :

Un livre : « L’Europe des femmes, XVIIIe-XXIe, Paris, Perrin, 2017».

Un article réalisé sur les violences conjugales  à la maison des femmes Thérèse Clerc de Montreuil : « Ta fille ne t’en voudra pas de porter plainte » .

Et un enregistrement audio réalisé aussi à la maison des femmes Thérèse Clerc : Paroles de Femmes à la Maison des Femmes Thérèse Clerc.