L’image des femmes, la base du problème

Le monde est dirigé par une catégorie très restreinte de personnes, appelée le genre dominant. Homme, blanc, hétérosexuel, urbain, « middle age »,  non handicapé, non-obèse, non-au chômage et on peut continuer. C’est cette catégorie de personnes qui est aux commandes. La langue française est faite par et pour eux. L’Histoire est faite par eux et pour eux. La loi est faite par et pour eux. Les usages, quand ce n’est pas la loi, également. Ainsi que toutes les représentations des autres « catégories » de personnes. Les conséquences de cela sont souvent désastreuses.

Les femmes sont ainsi confinées dans une image, une place, bien définie et bien étriquée. On pourrait en débattre, mais en gros l’image des femmes est systématiquement ramenée à leur corps, et leur corps uniquement. Soit il est intrinsèquement sexuel, soit il est décoratif, soit il sert à procréer. Dans tous les cas, la femme est pensée par rapport à l’homme, à comment elle peut lui être utile ou pas. Cela vaut également pour les autres représentations, par exemple des homosexuel.le.s, des noir.e.s, des handicapé.e.s, des SDF (et il vaut mieux ne pas cumuler), qui sont toujours pensés par rapport au genre dominant. Ces représentations sont si systématiques qu’elles sont totalement imbriquées dans nos vies, viscéralement inscrites dans l’imaginaire collectif.

Un bel exemple de cela nous a été donné cette semaine par Laurent Baffie et Thierry Ardisson dans l’émission salut les terriens. Le problème avec Baffie, ce n’est pas qu’il se permette un geste irrévérencieux ou « politiquement incorrect », puisqu’apparemment c’est son truc. Le problème, c’est qu’il participe à la construction de l’idée que l’on peut entrer dans l’espace personnel d’une femme sans son consentement, et ce d’une manière tout à fait légère. Et le vrai problème, c’est que ce geste ne nous étonne pas vraiment. Même si c’est choquant, on voit tout de suite d’où lui est venue cette idée, à l’instar d’Ardisson qui dit tout de suite « C’est pour l’audience ? ». Parce qu’on a tous et toutes intégré l’idée, qu’elle nous plaise ou non, que les femmes ont un rôle décoratif, qu’une jupe courte est toujours sexualisée, au service de l’audience, des regards, des hommes hétéro.

Le second réflexe d’Ardisson est de réprimander Baffie avec l’argument « C’est une jeune mère ! », sous-entendu, si elle n’avait pas été mère, c’était correct. Corps sexualisé ou maternel, mais pas autre chose, et pas les deux en même temps.

De la même manière, le problème avec l’affiche de Béziers, c’est qu’au premier coup d’œil, cette image ne nous surprend pas. Une femme sans défense à la merci d’un homme, une violence complètement érotisée c’est un message auquel on est habitué.e.s. Même si ce n’est pas la volonté de ses auteurs à la base, c’est le réflexe qu’ils ont eu. Quand on veut montrer un étranglement, c’est un homme en costume sur une femme blonde sexy. C’est direct, ça parle à tout le monde, c’est banal.

Dune manière générale, les représentations témoigne ET participent des idées dominantes d’une société même quand elles sont néfastes. Ici, une image des femmes sexualisée, victimisée, chosifiée. Les deux exemples donnés ne sont pas les plus dangereux, parce qu’ils ont suscité une réaction d’indignation. Tous les jours nous sommes confronté.e.s à des images du même ordre  sans que personne n’y prête seulement attention, et là est le vrai danger !

L’intégration de cette image des femmes à des conséquences dramatiques. En effet, comment s’étonner que 100% des usagères des transports en commun aient déjà été harcelées, puisqu’il est admis que les femmes sont là pour l’usage des hommes.  Le harcèlement de rue est ainsi tellement banalisé que nul ne sait comment le verbaliser sans tomber dans d’autres types d’abus.

Dans le cas d’un viol, c’est bien souvent la victime qui est responsabilisée. On lui demande comment elle était habillée. Elle n’avait pas à être aussi « aguichante », à coller aussi bien à l’image qu’on lui impose. Apparemment, même une enfant peut être responsable de son propre viol.

Face à ce constat, que fait-on ? On remercie les gens qui ont signalé Baffie au CSA ? On espère qu’une loi finira par être votée pour réguler les représentations féminines dans l’espace public ? On soutient qu’il faut une loi qui condamne le harcèlement de rue ?

Non ! Nous continuons à lutter pied à pied contre cette représentation néfaste de la femme. Bien sûr nous soutenons qu’il faut une loi qui condamne le harcèlement. Mais ce sont les mentalités qui doivent changer. Il faut dire que le harcèlement c’est interdit, c’est dangereux, ce n’est pas du tout de la séduction, et c’est incessant. Nous dénonçons, nous racontons les harcèlements, nous mettons en évidence les représentations sexistes, pour que cela ne passe plus inaperçu.

Surtout, nous mettons en avant tout ce qui contredit cet ordre établi, et nous continuons de dire que ce n’est pas une fatalité et qu’on peut choisir nos représentations. Et à force, on y arrivera.

Continuons le combat !