Paule Minck, Communarde et Féministe, 1839 – 1901. Les mouches et les araignées. Le travail des femmes et autres textes. Préface, notes et commentaires d’Alain Dalotel. Mémoire de femmes – Éditions Syros -1981

PauleMinck

Par Nicole Savey

Ce livre permet de découvrir Paule Minck « qui est aujourd’hui quasi inconnue  » comme l’écrit Alain Dalotel, historien spécialiste des femmes de la Commune de Paris en 1871, qui en a rédigé la biographie et choisi, commenté les textes cités en couverture, comme quelques lettres dont celles à son amie et compagne de lutte Louise Michel. Car comme cette dernière et même avant elle, Paule Minck s’engage dans l’action politique révolutionnaire et le féminisme.

Paulina Mékarska qui se nomme elle-même Paule Mink ou Minck est née à Clermont Ferrand, ses parents étaient de famille aristocratique mais républicains et socialistes. Son père patriote polonais avait dû s’exiler après avoir participé à l’insurrection de Varsovie en 1830.

Elle a reçu une sérieuse éducation, s’est mariée avec un prince polonais exilé, a eu deux filles puis a divorcé. Dans les années 1867, très jeune elle est devenue journaliste et est arrivée à Paris. Elle a participé alors aux réunions de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), y a adhéré. Elle intervenait comme « oratrice », ce qui était rare pour une femme, d’autant qu’elle s’affirmait tout de suite féministe. Devenue une conférencière appréciée, elle a parcouru la France au nom d’AIT pour « faire tomber » le Second Empire.

En 1871, elle a participé à la Commune de Paris, a ouvert  une école de filles à Montmartre, pris part aux débats des clubs de femmes et se revendiquant elle-même « pétroleuse », elle a dû s’exiler en Suisse.

C’est à Genève qu’elle a rencontré Jules Guesde (1845-1922) militant politique qui a introduit le marxisme en France, a fondé le Parti Ouvrier Français (POF) en 1879 et participé à la création de la Section de l’Internationale Ouvrière (SFIO) en 1905, mais s’est opposé à celle du Parti Communiste en 1920.

En 1880, après l’amnistie pour les communards, Paule Minck est revenue à Paris et a repris la lutte révolutionnaire en particulier avec Louise Michel. Toutes deux ont fondé alors le premier journal anarchiste « La révolution sociale ». En 1882, Paule Minck a adhéré au POF et recommencé ses tournées de propagande de Lyon à Elbeuf, pour « faire hisser notre cher drapeau rouge » (de la Commune) comme elle l’a écrit à Louise Michel.

Elle a continué aussi sa lutte pour les femmes, souvent de façon indépendante, ne voulant « s’enfermer dans aucun sectarisme ». Ainsi, elle s’oppose à Hubertine Auclert sur le droit de vote: » même les droits politiques pour les femmes ne changeraient rien à l’exploitation et aux préjugés par quoi elles sont courbées et brisées ». Cependant en 1893, elle accepte de se présenter aux élections municipales au nom de son groupe mixte « Solidarité des Femmes », espérant faire évoluer la condition « des victimes séculaires de l’exploitation et de la tyrannie ».

Et elle a répondu au préfet qui considérait sa candidature comme illégale que le vote est un droit et que les femmes ne gouverneront pas plus mal que les hommes, sinon mieux.

Elle continue ses conférences avec Louise Michel pour « l’affranchissement des femmes », soutient la journaliste Marguerite Durand et écrit dans le journal de celle-ci « La Fronde ».

Dans les années1898, elle a été « dreyfussarde » et bien qu’encore liée aux marxistes révolutionnaires, elle a fréquenté les anarchistes espérant « l’union entre les socialistes ».

Comme Louise Michel et Hubertine Auclert, elle a effectué un voyage en Algérie et dénoncé à la fois le  colonialisme et la condition des femmes « indigènes qui n’existent pas comme des êtres humains… des choses appartenant aux hommes. »

Avant 1900, pauvre et avec trois enfants à charge, elle a été obligée de chercher « un travail quelconque », par annonce. Et sans doute, aurait-elle apprécié que ses obsèques ont eu lieu le 1er mai 1901, elle, qui appelait les femmes « à se lever… pour ce jour des revendications ouvrières », dès 1895.

Les textes choisis et commentés par Alain Dalotel sont des extraits de journaux, des rapports de réunions ou des discours de conférences et des lettres. Ce ne sont donc pas des textes théoriques mais des écrits militants, soutenus par une solide logique et une réflexion novatrice. Ils sont écrits dans un style concret voire familier ou pittoresque pour convaincre et inciter à  l’action.

– Les Mouches et les Araignées: extraits d’un journal hebdomadaire publiés en1869 puis en 1880 :

Paule Minck après avoir décrit de manière très suggestive comment l’araignée dévore la mouche, compare les mouches « aux paysans, prolétaires, peuples écrasés, femmes opprimées » et les araignées aux « capitalistes, grands propriétaires, haut clergé, spéculateurs, séducteurs » et s’écrie « Mouches, si vous le vouliez, vous seriez invincibles…les araignées sont peu nombreuses.

– Le Travail des Femmes : extraits de conférences en 1868,1894 et 1897 :

Paule Minck  développe des arguments d’égalité et de justice pour défendre le droit au travail des femmes et convaincre les hommes de le reconnaître .Elle engage les femmes à lutter pour l’obtenir mais reste modérée sur la possibilité pour les femmes d’exercer les mêmes métiers que les hommes.

Parmi les autres textes cités celui sur l’éducation, tiré d’un rapport au Congrès International Féministe à Londres en 1899 est particulièrement intéressant car il préconise une éducation semblable pour les filles et les garçons, l’individualisation de la pédagogie et la pratique du sport. Ce en quoi Paule Minck est novatrice et proche du mouvement libertaire à la fin du 19éme siècle.