Hubertine Auclert, pionnière du féminisme,Textes choisis, Bleu autour, 2007

 

En ces temps d’élections … par Nicole Savey

La préface de Geneviève Fraisse, philosophe, directrice de recherche au CNRS et féministe, présente l’oeuvre de cette pionnière des droits des femmes en France, particulièrement du droit de vote, à l’époque de la Troisième République, jusqu’en 1914. C’est sous « Le signe égal ou la logique de l’histoire » qu’elle place l’action d’Hubertine Auclert (1848-1914) conférencière, journaliste, »enquêteuse « comme elle le dit elle même, dont toute la lutte tent à prouver qu’il y a une logique républicaine à donner le droit de vote et tous les droits de citoyenne, aux femmes.

 

La biographie de Steven C.Hause, professeur et co-directeur du département d’études européennes à l’Université Washington de Saint Louis (Missouri), retrace la vie de militante d’Hubertine Auclert. Du couvent de Montluçon dans l’Allier ou elle est née dans une famille de propriétaires terriens, à son installation à Paris ou elle s’engage dans le mouvement féministe et républicain qui se crée autour de Léon Richer et Maria Deraismes, soutenu par Victor Hugo. Puis dans des chapitres aux titres évocateurs, il résume l’activité incessante d’Hubertine Auclert qui intervient dans les meetings féministes et socialistes, fonde un journal « La citoyenne », enquête en Algérie ou elle séjourne de 1888 à 1892, avec son mari Antonin Lévrier nommé juge à Alger. Ensuite dans les années 1900, revenue à Paris, Hubertine Auclert lance ses combats de « suffragette française » en se présentant illégalement aux élections, en renversant les urnes dans les bureaux de vote ou en refusant de payer ses impôts. Elle était cependant assez isolée dans le mouvement féministe entre les « féministes bourgeoises »opposèes aux actions d’éclat dont certaines demandaient les droits civils avant les droits civiques et les féministes socialistes qui défendaient d’abord la lutte des classes, sinon les féministes anarchistes qui ne revendiquaient pas le vote. Elle a eu malgré tout la satisfaction avant de disparaître en 1914, de constater qu’une majorité de députés (mais pas de sénateurs) était favorable au droit de vote des femmes.

 

Les textes choisis sont ceux de conférences ou de pétitons et des extraits des 3 livres publiés par Hubertine Auclert: « Les Femmes arabes en Algérie »,1900, »Le vote des femmes,1908 et »Les femmes au gouvernail »,1925.

De nombreux textes concernent le droit de vote et de gouverner : du discours « Le droit politique des femmes, question qui n’est pas traitée au congrès international des femmes » en 1878 et qu’elle n’a pas été autorisée à prononcer, jusqu’à par exemple, « L’annulement politique des femmes est un obstacle au progrès » écrit avant 1914. En effet, sa lutte primordiale concerne les droits politiques comme elle dit avec humour: »De même que les hommes qui en ont le goût peuvent envahir la cuisine, les femmes qui y sont instinctivement poussées doivent pouvoir s’occuper de politique ».

Plusieurs textes illustrent qu’Hubertine Auclert qui se voulait « féministe intégrale »a été une des premières encore à réclamer l’égalité entre les hommes et les femmes dans le travail, la famille et le mariage. Elle intervenait dans les mairies pour faire remarquer à la mariée que, selon le code civil, la femme devait obéissance à l’homme!

Toujours novatrice, comme Louise Michel ou Paule Minck elle a été une des premières à dénoncer la condition des femmes musulmanes en Algérie , par exemple dans « Le mariage arabe est un viol d’enfant » et la colonisation française, par exemple dans « Alger sans écoles arabes de filles ».

Il faut noter le style très imagé et inventif d’Hubertine Auclert qui agrémente ses démonstrations méthodiques et argumentées, ainsi quand elle écrit que la femme est: »La dégradée civique-née »et que les femmes: »Les frustrées du bulletin, sont privées des emplois, du repos, des honneurs et des legs ». Elle est souvent  drôle et ironique, ainsi quand elle rapporte : »Que l’on nous donne des lézards pour maris plutôt que des maris polygames, crient dans les prétoires les belles divorceuses », en décrivant avec précision toutes les formes de divorce et comment les femmes algériennes se défendent avec éloquence. »