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La maîtrise de la natalité, avortement, IVG, contraception : quelques repères historiques en France et aux États Unis

Par Nicole Savey – février 2017 

L’obligation de la maternité et l’interdiction de disposer librement de leur corps sont les violences primordiales subies par les femmes dans toutes les civilisations et depuis toujours. Mais les résistances à cet asservissement ont toujours existé aussi.

Dans l’antiquité égyptienne, l’avortement était pratiqué et des stérilets datant de quelques millénaires avant notre ère ont été retrouvés. Des « ancêtres » des préservatifs actuels sont décrits dans des livres de médecine italiens du 16éme siècle.

Au Moyen Age et jusqu’au 19éme siècle au moins, les philtres des « sorcières »et autres potions abortives sont mentionnés dans les récits populaires et les procès de sorcellerie.

A toutes les époques, les infanticides sont le premier moyen de réduire le nombre d’enfants à  élever, comme en témoignent les procès d’assises jusqu’au 20ème siècle et parfois encore récemment.

Mais à partir de la fin du 18éme siècle, le rapport entre la croissance démographique et les potentialités de production alimentaire commence à poser le problème de la maîtrise de la natalité. L’économiste et pasteur anglais  Thomas Malthus (1778-1834) est un des premiers à émettre l’idée qu’il faut limiter la natalité pour la survie décente de l’humanité, mais sans proposer toutefois de moyens contraceptifs.

En France, l’avortement est puni sévèrement pour les femmes et les médecins

accoucheurs, le code pénal napoléonien de 1810 en fait un crime jugé en assises.

Ce sont les « néo-malthusiens » comme Paul Robin à la  fin du 19èmesiècle qui les premiers défendront le principe de maîtriser la natalité par la contraception et l’avortement. Leur engagement, souvent libertaire est lié au pacifisme : il ne faut pas mettre au monde de la « chair à canons », mais aussi au féminisme : ils souhaitent l’émancipation des femmes et défendent la liberté sexuelle. D’ailleurs, des femmes comme Nelly Roussel (1877-1923) font de la propagande pour la maîtrise des naissances, pour aider les femmes « ces éternelles sacrifiées » : elles recommandent les préservatifs existants et tentent de  conscientiser  l’opinion.

Après la guerre de 1914-18 le mouvement se poursuit alors qu’une  loi punissant l’avortement de prison et interdisant la publicité des moyens contraceptifs  a été votée en 1920. Des femmes, toutes féministes, comme Hélène Brion (1882-1962) syndicaliste et pacifiste,  Jeanne Humbert (1890-1986)écrivaine  et avec son mari Eugène Humbert, fondatrice du journal « Génération consciente »ou Madeleine Pelletier médecin psychiatre(1874-1939) , ont été condamnées.

A la même époque, aux Etats Unis, l’infirmière Margaret Sander bouleversée par le décès d’une patiente en 1912 lance le mouvement « Planned  Parenthood » dès 1916 , ouvre une clinique ou sont pratiqués des avortements et crée  en 1921 l’«International  Birth Control» , inventant l’expression « contrôle des naissances « . Soutenue par la femme du président des Etats Unis, Eléonor Roosvelt, elle développe des centres de planification familiale et les recherches sur la contraception orale.  Avec  Katharine Mac Cormick  biologiste et philanthrope, elle oriente les recherches du biologiste Grégory Pincus, d’abord spécialiste des problèmes de stérilité, qui met au point la pilule contraceptive, commercialisée en 1960.

En France, avant la seconde guerre mondiale,  la propagande anticonceptionnelle se poursuit,  par exemple Bertie Albrecht(1893-1943), plus connue pour  ses faits de Résistance, crée une revue« Le problème sexuel »pour informer sur le contrôle des naissances. Les différentes méthodes de contraception  sont de plus en plus utilisées, par exemple celle  dite du docteur Ogino, mais restent très souvent inefficaces.

Pendant la seconde guerre mondiale, le gouvernement de Vichy  punit de mort l’avortement  et fait  même  exécuter plusieurs femmes.

Après 1945, bien que les lois contre l’avortement subsistent, se crée en 1960 « Le mouvement français pour planning familial », issu de « La maternité heureuse »créée en 1956 par  la sociologue Evelyne Sullerot , la gynécologue M.Andrée Lagroua-Weill, le  médecin  Pierre Simon et affilié au mouvement international de contrôle des naissances. Des centres de planning familial s’ouvrent,   le premier à Grenoble en 1961, puis dans plusieurs grandes villes dont Paris.

1963, création du Mouvement pour la Libération de l’Avortement et de la Contraception ou MLAC par des militantes féministes, dont  la vice présidente du Planning  Simone Iff,  qui pratiquent des avortements  clandestins

1967, la pilule contraceptive est autorisée par la loi Neuwirth mais sur prescription médicale et les décrets d’application de la loi ne seront publiés qu’en 1972

1971, publication du « Manifeste des 343 » femmes connues (écrivaines, actrices, politiques dont Simone de Beauvoir) qui affirment avoir avorté et qui seront traitées de « salopes » par les journalistes, entre autres

1973, procès de Bobigny ou une adolescente  jugée pour avortement (à la suite d’un viol)et défendue par l’avocate Gisèle Halimi, fondatrice du  mouvement « Choisir », n’est pas condamnée

1974, Simone Veil , ministre de la Santé constatant que de nombreux médecins pratiquaient des avortements dans les hôpitaux publics et par conviction, propose une loi autorisant l’Interruption Volontaire de Grossesse ou IVG, à certaines conditions et pour une période de 5 ans.

La même année, la contraception est remboursée par l’assurance maladie

1975, le 17 janvier la loi sur l’IVG est promulguée

1979, la loi sur l’IVG est votée sans limitation de durée et  l’Association Nationale des Centres d’IVG et de contraception ou ANCIC est fondée par des professionnel-le-s de santé

1982, Yvette Roudy, 1ère ministre des Droits de la Femme fait voter le remboursement partiel de l’IVG  par l’Assurance Maladie

Dans les années 1980 -2000, des associations « pro –vie » souvent d’obédience catholique organisent des « commandos anti IVG » dans les hôpitaux et cliniques et font de la propagande auprès des jeunes femmes en particulier, comparant parfois  l’avortement à la Shoah. Ces mouvements sont souvent en lien avec des groupes américains « pro life ».

En effet aux Etats Unis, l’avortement a été légalisé à l’échelle fédérale depuis 1973 (par l’arrêt de la Cour Suprême « Roe v .Wade » ), mais certains états depuis 1992, ont pu à l’échelle locale, restreindre ce droit et les associations « pro-life » très puissantes  peuvent parfois assassiner des médecins

1991, en France pour lutter contre les « commandos anti IVG » se forme la Coordination des Associations pour le droit à l’Avortement et la Contraception ou CADAC

1993, la Secrétaire d’Etat aux Droits des Femmes, Véronique Loi Neiertz  fait voter la loi qui punit l’entrave à l’IVG

 2002, la Ministre du travail et de la solidarité, Martine Aubry fait supprimer  l’autorisation parentale pour les mineures

2013, la Ministre des Droits des Femmes  Nadjet Vallaud-Belkacem , fait voter le remboursement à 100% de l’IVG et en 2014, fait supprimer la « condition de détresse avérée »pour avoir accès à l’IVG

2016, la Ministre de la Famille, Laurence Rossignol, fait voter la loi sur l’entrave numérique  à l’IVG qui après des amendements au Sénat, doit encore revenir à l’Assemblée pour un vote définitif

2017, janvier , des menaces sur le droit à l’IVG aux Etats Unis, avec l’élection de Donald Trump à la présidence, qui vient de signer un décret interdisant le financement des associations luttant pour les droits reproductifs à l’échelle internationale.

Dans plusieurs pays d’Europe le droit à l’IVG est remis en cause comme en Espagne et en Pologne ou très restreint comme en Irlande et au Portugal.

Enfin, les  restrictions budgétaires des politiques néolibérales entraînent des fermetures de centres d’IVG et de contraception partout en Europe.

Nicole Savey

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Le statut légal de l’avortement en Europe

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Le droit à l’avortement dans le monde